Joseph et Marie sont les principaux témoins du Mystère, apparu au monde dans le silence et la pauvreté. Ils furent les premiers à accueillir Celui qui venait évangéliser les pauvres.

de Mgr. Silvano Macchi

DAprès l'Annonciation, l'Évangile des origines de Luc se poursuit avec la Nativité, qui nous est si familière. Je vais essayer de la voir du point de vue de Joseph, même si l'on sait que l'évangéliste Luc se concentre sur la figure de la mère et de l'enfant, et non sur celle du père terrestre. Mais nous verrons une fois de plus comment Joseph participe à tout ce qui est mystérieux, même humble et silencieux, concernant la Sainte Famille. Le passage est tiré de Luc 2-1 (encadré).

Même dans le récit de la naissance de Jésus, Joseph reste caché, dans l'ombre. En réalité, Marie elle-même reste en retrait, étonnamment mentionnée seulement de manière incidente. Il n'est fait aucune mention de la naissance virginale, ni de la conception par la puissance du Saint-Esprit. Luc accorde plutôt de l'importance au contexte historique du récit, qui devient la trame du récit. Sans les versets qui suivent ce texte, qui évoquent la présence des bergers et l'annonce angélique, nous ne comprendrions pas qui sont Marie et Joseph, pourquoi l'enfant est déposé dans une crèche, et surtout qui est cet enfant.

L'histoire du recensement offre un contraste saisissant entre l'empereur Octave Auguste, connu de tous pour avoir « guidé » l'histoire du monde et cherché à établir la paix entre les peuples, et le Messie, pauvre (et avec lui, Joseph et Marie étaient également pauvres) et inconnu de tous. L'importance d'un recensement pour le pouvoir ne doit pas être négligée : le souverain veut connaître le nombre de ses sujets afin de les soumettre à ses exigences politiques, militaires et fiscales. Mais la tentation inhérente au recensement est évidente : ignorer que le peuple appartient à Dieu seul, et non au souverain.  C’est un danger toujours présent.

Ce recensement est la raison du voyage de Joseph et Marie de Galilée à la ville messianique de Bethléem, la ville du roi David, leur lieu d'origine, au cours d'un voyage de 150 kilomètres, avec la fatigue et la lassitude que l'on peut facilement imaginer. Joseph, comme pater familias, a la responsabilité de monter vers la Judée montagneuse, vers Bethléem, alors que Marie est enceinte, en effet elle est à la veille d'accoucher.

La Nativité est décrite dans toute sa naturalité et son humanité. Jésus est placé dans une mangeoire (peut-être une étable ou un espace semi-couvert, aménagé dans une grotte d'une maison palestinienne où l'on nourrit les animaux). Ce n'est pas un endroit particulièrement adapté, malgré les tendres soins de Marie qui l'emmaillote. C'est ainsi que Jésus est né, car il n'y avait pas de place pour lui, même dans le kalimati, sorte de caravansérail, un abri où l'on pouvait passer la nuit sans dételer sa selle ni son animal de trait.

Il y a une vérité spirituelle dans une telle naissance : il n’y a pas de place pour le Fils de Marie et Joseph en ce monde. Ce n’est pas seulement une question d’adaptation, mais le fait qu’il ne compte pour rien ; personne ne le remarque ! Les chroniqueurs, les historiens, les philosophes, les intellectuels, les publicistes, et même les religieux, ne le remarquent pas.

Rien d'autre n'est dit sur la naissance de Jésus, ni sur celle de Joseph et de Marie, sauf lorsque commence l'action des bergers et des anges, et ce n'est que plus tard qu'il est dit que Marie (et peut-être aussi Joseph) « garda toutes ces paroles [des bergers] et les médita dans son cœur ».
(Lc 2, 19), presque une seconde gestation.

Je crois que le concept clé de toute l'histoire, celui qui interprète tout, c'est la pauvreté ! Une naissance pauvre en tout point, sans éclat, sans rien qui puisse ébranler la terre. Pauvreté du lieu, pauvreté de tout ; on pourrait dire « abaissement et gloire », qui anticipent, avec la naissance de Jésus, l'avenir de son histoire.

Pauvreté (« Bienheureux les pauvres en esprit »), dont Marie et Joseph tirent également des leçons. Ils comprennent que le Mystère se cache derrière ces faits insignifiants, pour en récolter les fruits et en tirer précisément la mission de leur vie : être témoins du Mystère invisible. Un enfant change toujours la vie et les perspectives de ses parents ; un enfant comme celui-ci, conçu de cette manière, le fera encore plus. Saint Joseph change aussi, gardien silencieux et humble de cet événement salvifique qui se déroule sans bruit ni fanfare, dans un coin où personne ne l'attend. Mais n'est-il pas vrai que l'œuvre merveilleuse de Dieu reste toujours cachée, tout comme ses saints sont cachés aux grands de ce monde ? Seuls les pauvres et les humbles le remarquent, ceux qui vivent en marge des grands événements rapportés par les journaux.

Joseph, « patron des pauvres » et « soutien dans la difficulté » (le pape François a voulu inclure les invocations dans les litanies de saint Joseph) Patron des pauvres e Fulcimen in difficultatibus) Puissions-nous, nous aussi, pauvres comme lui, en prendre conscience ; peut-être pas dans la pauvreté économique ou sociale, mais dans les perspectives et les espoirs, et au contraire remplis d’angoisses, de souffrances, de lassitudes, de soucis, de peurs et d’incertitudes qui nous empêchent de regarder vers l’avant et, surtout, vers le haut. Pourtant, dans notre pauvreté, Dieu a choisi de demeurer, et saint Joseph a choisi de l’accompagner et de prendre soin de lui.