Tu es avec moi (Ps 24)
de la mère Anna Maria Canopi osb
Adam et Ève, Noé, Abraham, Moïse... Recherchée et appelée par Dieu, l'humanité perdue dans une terre de chardons et d'épines, a commencé le voyage de retour vers le Père, toujours soutenue par sa présence constante et aimante : « Ne sois pas j'ai peur, je suis avec toi!".
Je suis avec toi quand tu te caches pour la honte du mal fait, je suis avec toi dans la lutte quotidienne pour gagner ton pain à la sueur de ton front, je suis avec toi pendant que tu souffres dans les douleurs de l'accouchement ; Je suis avec toi, quand tu avances dans la nuit, quand les eaux tumultueuses submergent le fragile vaisseau de ta vie ; Je suis avec toi lorsque tu traverses des déserts sans fin.
En retraçant l'histoire du salut, nous sommes arrivés, avec Moïse, au seuil de la terre promise. Avant d'entrer, le peuple est invité à prendre une décision : « Choisissez aujourd'hui qui servir », leur dit Josué (Jos 24). Et cela signifie : choisir aujourd’hui avec qui être, avec qui former une alliance. Le peuple répond unanimement : « Nous servirons le Seigneur, car il est notre Dieu » (Jos 24,18, XNUMX).
La fatigue de la traversée du désert n'a pas affaibli, mais a fortifié la foi du peuple ; Sur le chemin, il y a eu, certes, des rébellions, des doutes, des chutes, mais la flamme de la foi est toujours vivante.
Comment continuer à l’entretenir et le faire revivre toujours plus ?
La prière : c'est le trésor des personnes qui accomplissent le long pèlerinage de l'histoire. Et il y a, dans la Bible, un livre de prières qui nous apprend à entrer en communion avec Dieu, en dialogue avec lui. C'est le livre des Psaumes. Ce livre de prières est comme un coffre au trésor rempli de perles précieuses. Parmi eux, un brille, petit mais très brillant. Il s'agit du Psaume 23 (22) : le Psaume du Bon Pasteur, un psaume riche en images symboliques, car les images traduisent les sentiments du cœur plus que les mots. C'est un Évangile miniature : il contient le mystère de l'Incarnation, de la Passion et de la mort, de Pâques et du temps de l'Église, jusqu'à ce qu'il se jette dans l'éternité.
"Le Seigneur est mon berger". Le Psalmiste – et chacun de nous peut s’identifier à lui – commence sa prière par une profession de foi. Le Seigneur est Celui qui prend soin de ma vie, Celui qui pourvoit à tout. En effet, Lui-même est tout ce que je cherche, ce dont j’ai besoin. Avec Lui, j'ai tout.
Une atmosphère de confiance sans limites se dégage de ce psaume. Qu'il est doux ce voyage avec le berger sur les pentes ensoleillées, parmi les ravins d'où jaillissent de fraîches sources d'eau qui descendent dans la vallée ! Qu'il est doux de brouter, de se désaltérer, de se reposer et de reprendre son voyage vers des destinations toujours nouvelles et surprenantes ! Même lorsque le chemin devient impraticable, même lorsque l’on avance au bord d’un précipice, il n’y a rien à craindre. Le berger sait guider le troupeau dans les passages difficiles et le soutenir dans ses efforts. Il prend soin de chacune de ses brebis, il prend soin de moi, comme si j'étais la seule. Et pour l'amour de son Nom - c'est-à-dire pour la force intrinsèque de son être Amour - il m'aime au point de se consacrer totalement à moi, au point de faire consister sa gloire à me faire participer à sa plénitude de vie.
Le Seigneur est mon berger. Cette image évocatrice, signe d’amour fort et tendre et de communion profonde, semble aujourd’hui dépassée, car nous sommes désormais dans la civilisation de la technologie, des machines et des moteurs. Mais personne d’autre ne peut le remplacer de manière adéquate. Berger et troupeau, berger et brebis sont en symbiose ; ils vivent en partageant tout, de l'aube au crépuscule, du crépuscule à l'aube, en passant aussi par les ténèbres de la nuit, par les ténèbres de la mort, qui ne font plus peur : parce que Toi, Seigneur, tu es avec moi.
Même si je pars
à travers une vallée sombre,
Je ne crains aucun mal,
parce que tu es avec moi.
Votre personnel et votre personnel
ils me donnent la sécurité (v. 4).
Tu es avec moi! C’est la note la plus haute du psaume, c’est son cœur qui bat toujours. Par ces paroles, le Psalmiste – chacun de nous – répond au « Je suis avec toi » sans cesse répété par Dieu à l’homme, comme pour ponctuer chaque étape de son chemin.
« Celui qui marche avec le Seigneur – a dit le Pape Benoît XVI en commentant ce psaume – même dans les sombres vallées de la souffrance, de l'incertitude et de tous les problèmes humains, se sent en sécurité. Vous êtes avec moi : telle est notre certitude. L'obscurité de la nuit fait peur..., mais la personne qui prie avance en toute sécurité, car elle sait que le Seigneur est avec elle. Que tu sois avec moi est une proclamation de confiance inébranlable et résume l’expérience d’une foi radicale ; la proximité de Dieu transforme la réalité » (5 octobre 2011).
Ce n'est peut-être pas un hasard si les premiers à recevoir l'annonce de la naissance de Jésus - le véritable Bon Pasteur - furent les bergers qui veillèrent cette nuit sainte dans les campagnes autour de Bethléem. Le berger nouveau-né part de la crèche pour rassembler autour de lui tous les bergers et toutes les brebis.
Dans l'ancienne liturgie baptismale, les néophytes étaient appelés agni novelli, nouveaux agneaux du troupeau du Christ ressuscité. Sortis des eaux de la fontaine, régénérés à une vie nouvelle et marqués du sceau de l'Esprit, ils passèrent à la table eucharistique.
Et la table est l’image symbolique de la deuxième partie du psaume. Cependant, l’image du berger demeure, puisque c’est lui qui prépare la table et s’offre comme pain de vie et coupe de salut. L'huile parfumée qui tonifie et fait briller le visage, la coupe qui fortifie et remplit le cœur de joie sont données à profusion dans le banquet du Seigneur, et sont les prémices d'un banquet festif sans fin.
Le psaume a donc aussi une intense signification eschatologique. Il prend une « saveur » particulière lorsqu'il est chanté dans la liturgie funéraire pour accompagner l'âme du défunt à rencontrer le doux Bon Pasteur et le lui confier pour l'amener à se rafraîchir, après le fatiguant voyage de cette vie, dans les eaux douces et calmes qui coulent du temple de la Jérusalem céleste.
Notre pèlerinage terrestre est après tout comme une transhumance continue, un passage de région en région, à travers les sentiers du temps, pour atteindre les pâturages « sur les hautes montagnes d'Israël », sur les montagnes aussi hautes que le ciel où se trouve le bonheur. sera comblé parce que nous serons pour toujours avec le Seigneur (cf. 1 Thess 4, 17), immergés dans son amour et nous-mêmes transfigurés, éclairés par sa flamme vivante d'amour.